Entretien avec Olivier Gosset, initiateur des « Enseignants pour l’enfance »

enseignant-enfance-logo-2L’association Objection reçoit de nombreux courriels de parents et d’enseignants, prévoyant d’exercer leur objection de conscience en cas d’enseignement obligatoire du genre à l’école.

Nous poursuivons notre tour d’horizon des associations vigilantes à l’égard de l’enseignement du genre. Après Raphaël Peuchot (Vigie des familles), nous avons interrogé Olivier Gosset, initiateur de l’association « Enseignants pour l’enfance », sur quelques questions d’actualité.

            Que pensez-vous de la récente annonce faite par le Ministère de l’Éducation nationale de reporter la publication et la mise en œuvre de nouveaux programmes         scolaires ?

            Nous en prenons acte mais ne sommes pas dupes. Les idéologues du gender sont toujours aux côtés de notre Ministre, prompts à la réforme, hostiles à la concertation. N’oublions pas que tout cela commença par une phrase, écrite le 4 janvier 2013 par Monsieur Peillon à ses rectrices et recteurs : « Le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités. » Depuis ce jour, nous avons compris que nous devions veiller sur nos élèves, jouets de projections politiques, et qu’il était de notre devoir d’alerter les parents de l’instrumentalisation mise en place. N’oublions pas non plus que pas un syndicat d’enseignants, pas une association de parents d’élèves, fort peu de partis politiques enfin ont pris la parole pour dire la violence institutionnelle que nous étions et sommes en train de subir : le gendrisme, passant par le cadre scolaire, veut transformer les professeurs en agents de propagande. Ce n’est donc pas le report de ces programmes que nous exigeons, mais leur retrait immédiat. Il en va de notre survie professionnelle, comme de notre fidélité vocationnelle : nous n’avons pas choisi ce métier pour formater les consciences mais d’abord par amour de la matière enseignée.

            Les enseignants pourraient-ils alors refuser d’appliquer le programme de l’ABCD de         l’égalité, s’il venait à être finalement imposé ?

            Dans l’état actuel des choses, cela semble impossible. La loi des droits et obligations du fonctionnaire de 1983 contraint ce dernier à effectuer les tâches confiées : « Tout fonctionnaire», précise le texte, « quel que soit son rang dans la hiérarchie, est responsable de l’exécution des tâches qui lui sont confiées. » De même, cette loi ordonne l’obéissance hiérarchique : le fonctionnaire, dit en effet le législateur, « doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique ». Pourtant, L’ABCD de l’égalité, dans sa nature comme dans sa mise en œuvre, contrevient à quelques principes majeurs. Premier point, ce projet pédagogique, qui stipule une égalité des sexes qui se déduirait de l’identité de genre, repose sur une vérité qui relève de l’opinion. Or une telle subjectivité semble contraire au principe de neutralité du service public, qui interdit au fonctionnaire de faire de sa fonction l’instrument d’une propagande quelconque. Deuxième point, et ceci explique peut-être cela, l’arrogante discrétion, qui confine au mutisme stratégique, portant sur la réalité même de l’expérimentation en cours (qu’est-il proposé aux enfants dans les écoles pilotes ? quelle formation a été dispensée, par les inspecteurs, aux instituteurs ? Qui évaluera le dispositif mis en place ? ) est contraire à l’obligation d’information du public, ainsi promulguée à l’article 27 de la loi : « Les fonctionnaires ont le devoir de satisfaire aux demandes d’information du public. » On le voit donc, cet ABCD de l’égalité s’il compte s’appuyer sur l’obligation de l’obéissance pour être mené à terme, déroge aux principes de transparence et de neutralité qui sont chers à l’État républicain. Peut-être est-ce alors là que nous devons porter toute l’attention de l’opinion publique.  

            Y aurait-il un biais possible, qui consisterait à se prévaloir d’une certaine liberté             pédagogique ?

            La question est pertinente car elle relève de l’aspect jurisprudentiel propre à toute justice : un cadre général est donné, le fonctionnaire peut s’y conformer comme il l’entend. Par exemple, comme professeur de lettres en classe préparatoire, je me dois de faire étudier quatre à cinq œuvres par an à mes élèves et peu importe comment. Mais, dans le cas du gender, la pesanteur idéologique empêche semblable latitude. Ainsi, le « Rapport sur l’égalité entre filles et garçons dans les écoles et les établissements » estime qu’il serait bon d’évaluer les futurs enseignants selon leur aptitude à « prendre en compte des situations où la question des rapports sociaux de genre revêt une dimension pédagogique ». Voilà où nous en sommes. Le professeur de mathématiques ne doit pas se contenter de ses capacités en géométrie euclidienne, il faut aussi qu’il soit un bon « gender » professeur. La compétence théorique s’accompagne d’une adhésion doctrinale, inculquée et vérifiée par les experts du dogme. Cet exemple montre bien que nous ne sommes pas dans une situation normale, où la liberté pédagogique serait en mesure d’être exercée. Si l’on entrevoit des « gender » professeurs, préparons-nous à accueillir des « gender » inspecteurs. Alors, pour répondre sans détour à votre question, nous préférons, quant à nous, tenir cette position : pendant qu’il en est encore temps et plutôt que de nous aménager d’éventuelles marges de repli, portons le fer sur le combat du moment, demandons le retrait immédiat et définitif de l’ABCD de l’Égalité.

            Je reviens tout de même à ma question : que faire si l’ABCD parvenait à s’imposer ?

            Alors il est vrai que nous aurons à penser l’alternative. Sans préjuger de la marge de manœuvre qui nous sera donnée, il faudra nous lancer dans un projet concurrent. Face à l’abécédaire de la bien-pensance, c’est toute une culture que nous devons proposer et valoriser. Des parents déjà se tournent vers nous et nous interrogent : quels sont les livres à conseiller aux jeunes enfants ? Peut-on solliciter des auteurs de littérature de jeunesse pour qu’ils travaillent la question de l’altérité sexuelle ? L’entreprise est colossale, mais néanmoins capitale : nous ne pouvons pas nous contenter de la dissidence, nous devons être force de proposition. Les bonnes volontés se signalent, des pistes se dessinent, beaucoup se mobilisent. L’homonorme qu’impose nos hiérarques fait naître, chez le simple quidam, le désir de célébrer la grandeur d’une nature sexuée. Plus que jamais alors il nous faut dire que la langue distingue mais ne discrimine pas et que la culture est ce repère qui confère à chacun sa place. Se priver de cette richesse c’est ouvrir la porte à tous les arbitraires autant qu’évacuer le tiers gênant. Quand on fait croire à un enfant que « Tango a deux Papas », on lui impose le fait de l’homotutelle, que l’on masque par élimination de la mère. A nous de susciter des livres, des pédagogies, des programmes peut-être où est vécue la construction du sujet dans la rencontre avec l’autre sexué. La culture, dès le plus jeune âge, n’est pas négation de la vie, mais  découverte de soi par médiation de la nature.

            Passons à autre chose : lorsqu’un enseignant fait venir en cours un intervenant        extérieur, doit-il obligatoirement prévenir les parents ?

            Dans le principe, c’est une obligation. Dans les faits, c’est une autre affaire. Sans parler de la venue d’associations faisant promotion de l’homosexualité à de jeunes enfants, un fait récent nous a mis en alerte. Plusieurs parents se sont plaints, par voie de presse, que le film « Tomboy » ait été imposé à leurs enfants sans qu’ils en aient été avertis. On voit ici que l’école n’est plus un sanctuaire inviolable, à l’abri du monde. Dans cette perméabilité nouvelle, c’est le droit des parents qui se trouve bafoué. La « Déclaration universelle des Droits de l’homme », en son article 26 stipule en effet que « les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants. » L’actuelle mise à l’écart de ces derniers dans le processus éducatif en dit long sur notre République : l’État se substitue à l’autorité parentale et, ce faisant, devient tyran.

            Que pensez-vous alors de l’initiative menée par Farida Belghoul avec sa « Journée de          retrait de l’école » ?

            Comme enseignants, nous n’avons pas à nous prononcer sur la pertinence d’une telle initiative. En revanche, il faut reconnaître que celle-ci a mis au jour le scandale de ce qui est en train de se passer à l’école : au nom d’un égalitarisme forcené, des gamins servent de cobayes à des pédagogues fantasques. Les parents, qui n’ont jamais été consultés sur le sujet, protestent et extirpent leurs enfants de ce laboratoire grotesque. Qu’on n’aille pas dire alors, comme je l’entends parfois, que les petits sont pris en otage. Le premier délit, c’est l’État qui le commet, en déclarant, avec un sérieux de pontife, qu’il entend se servir des jeunes pour « changer les mentalités ». Aux marges des lois, ces adultes, peut-être imprudents, n’en sont pas moins conséquents. Ils entendent faire face à une autorité qui se met en situation d’illégitimité. Les parents revendiquent le respect de leur responsabilité propre et l’exercent légitimement face à un État qui sort de son cadre légal et exerce une violence à l’égard de l’autorité des parents. Pour le coup, parents et enseignants se retrouvent ici autour d’une réalité qui les unit et les sépare en même temps. En un partage subtil, tous ont en commun le souci de l’enfant. Mais les premiers ne confient celui-ci aux seconds qu’à la condition d’un infini respect. Tacite et pourtant vivace, ce contrat fut magnifiquement dit par Jules Ferry en sa « Lettre aux instituteurs », à qui il prodiguait le conseil suivant : « Vous ne toucherez jamais avec trop de scrupule à cette chose délicate et sacrée qu’est la conscience de l’enfant. » Sans scrupule à l’égard des parents, indélicat à l’endroit des enfants, la fine équipe du Ministère Peillon a infligé un grave préjudice à l’institution dont elle avait charge. Les technocrates passeront, laissant derrière eux la défiance et le soupçon : nous autres, enseignants, resterons, ayant à payer le lourd tribut du discrédit. Gageons pourtant que notre modeste entreprise, les projets qu’elle fait naître, la sympathie qu’elle suscite, deviennent prémices d’une confiance retrouvée. Faisant souche d’une autorité intelligemment partagée, imaginons ensemble, loin des lubies et des lobbys, les ferments de l’École de demain.

            Quelle est la finalité de votre association « Enseignants pour l’enfance » et à quels    enseignants s’adresse-t-elle ?

            Notre association a été créée à Lyon en septembre 2013. Elle a pour but de s’opposer à l’instrumentalisation de l’enfance à l’École. A ce titre, elle est vigilante à l’intrusion de l’idéologie du genre en milieu scolaire qui, depuis le Ministère Peillon, ne cesse de s’intensifier. Dans les faits, nos adhérents sont des enseignants en exercice. Ils proviennent de toutes les académies, même si on les trouve majoritairement à Lyon et à Paris, où nous allons d’ailleurs fonder une antenne. Ils enseignent à tous les niveaux, du Primaire à la classe préparatoire, et viennent du Public comme du Privé. Nous avons aussi une liste complémentaire, constituée de collègues en disponibilité, en congé ou en retraite. A cette liste viennent se joindre des sympathisants, simples parents ou professionnels de l’éducation. En un mot donc, l’association des « Enseignants pour l’Enfance » s’adresse à quiconque est soucieux de la formation de nos jeunes et partage ce simple mot d’ordre : pas de gender à l’École.

            Que propose votre association ? Quels sont ses objectifs ?

            Notre association a pour objectif immédiat la disparition de l’idéologie du « genre » à l’École. Pour ce faire, elle entend former ses adhérents mais aussi tous les adultes qui le souhaitent, sur le contenu de cette doctrine. Informé sur cette dernière, chacun est alors capable de constater l’incompatibilité de celle-ci avec les prérogatives de l’École de la République. Ainsi, nous avons pu donner, sur le sujet, une dizaine de conférences, à Lyon et dans toute la France. Invités par des associations ou par de simples particuliers, nous avons créé des contacts sur le terrain et projeté de mener des actions communes. Le deuxième moyen que nous nous donnons est celui de la manifestation : il est temps de signaler à nos élus qu’une partie des enseignants se lève pour dire son désaccord et refuse que le service public devienne l’instrument d’une cause particulière. Aussi est-ce pour cette raison que nous avons appelé à manifester le 2 février dernier à Lyon comme à Paris. Une banderole a été constituée, des collègues nous ont rejoints. Nous avons monté un stand et de belles rencontres ont eu lieu. Enfin, nous travaillons actuellement avec des juristes. C’est le moment de mettre l’institution scolaire face à ses responsabilités : le gender, tel qu’il s’installe actuellement dans les écoles, semble tomber sous le coup de l’illégalité.

Olivier Gosset, « Enseignants pour l’Enfance ».

http://www.enseignants-pour-enfance.org/

adresse électronique : EnseignantspourlEnfance@laposte.net

 

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