Réactions aux propos du président du syndicat des gynécologues : la clause de conscience encore attaquée

Monsieur Bertrand de Rochambeau, président du Syngof (syndicat national des gynécologues-obstétriciens de France) a répondu avec la plus grande clarté aux questions posées par une journaliste (Valentine Oberti) de l’émission Quotidien sur TMC, hier, 11 septembre  :

« Moi, je fais un métier avec mes tripes. Je me lève à n’importe quelle heure. La nuit, je fais des opérations très difficiles, avec mes tripes. Et donc aux choses auxquelles je ne crois pas, je ne les fais plus ».
A la remarque suivante « ce n’est pas un homicide de faire une IVG », il a répondu sans hésitation : « Si, madame ». Lorsque la journaliste lui a ensuite rappelé que le code pénal ne considère pas l’avortement comme un homicide, il a surenchéri :  « Ça, c’est son opinion. Moi, en tant que médecin, je ne suis pas forcé d’avoir votre opinion. Et si je ne l’ai pas, la loi me protège et ma conscience aussi », a-t-il répondu.

Bertrand de Rochambeau n’a donc fait que rappeler qu’il existait une clause de conscience au profit des personnels de santé (voir notre actu), dont il fait usage conformément au code de la santé publique, et qu’il exerçait son métier conformément à ce que sa conscience (personnelle et professionnelle) discerne être juste : « Nous ne sommes pas là pour retirer des vies » a-t-il précisé.

Fin de l’épisode ? Nullement ! Aujourd’hui même, Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’égalité, a jugé bon de déclarer que « nous ne devons laisser passer aucune attaque, d’où qu’elle vienne, contre le droit des femmes à accéder librement à l’avortement ».  Agnès Buzyn, ministre de la santé, a précisé que « rien ni personne ne doit entraver » le recours à l’avortement.  Le communiqué commun « condamne fermement » les propos du gynécologue.

On se demande au nom de quoi des membres du gouvernement peuvent « condamner fermement » les propos d’un gynécologue qui  use d’un droit reconnu et de sa liberté d’opinion. La réaction ministérielle réactive les légitimes inquiétudes au sujet du droit d’exprimer publiquement une opinion défavorable à l’avortement, déjà mis à mal par le délit d’entrave numérique à l’avortement. Ces mêmes inquiétudes concernent également la clause de conscience des professionnels de santé, à nouveau présentée comme entrant en conflit avec « des droits », sans que quiconque (dans les médias) ne juge bon d’approfondir la question de fond sous-jacente aux propos du gynécologue : Y a-t-il oui ou non une vie humaine en jeu ?

Joël Hautebert

Publié dans : Edito, Médecins